Édito
Par Melik Özden directeur du CETIM
Depuis plusieurs décennies, le « développement » fait partie du jargon politique et fait l’objet de nombreux débats à propos des politiques publiques. Il s’agit d’un concept hautement politique et politisé. Quel développement ? Pourquoi ? En faveur de qui ? Avec quels moyens ? Avec qui ? Ce sont quelques questions qu’on doit se poser au préalable. D’ailleurs, la notion-même de développement est galvaudée. En effet, le « développement durable », conceptualisé depuis quelques décennies, est instrumentalisé et vidé de son sens originel.
Le présent numéro de Lendemains solidaires vise à contribuer à la compréhension et au dépassement du concept dominant de « développement ». Comme chacun le sait, le développement ne se limite pas à son aspect économique, mais comporte aussi des volets social, culturel, politique et environnemental. Il n’y a pas non plus un seul concept de développement, étant donné qu’il a été forgé par différents peuples et civilisations au fil des siècles selon les conditions de leurs existences et de leurs philosophies.
Le modèle dominant de développement, basé sur l’exploitation effrénée des ressources naturelles et de la main d’œuvre, est conçu pour inciter le monde à copier le chemin pris par les pays occidentaux. Ce modèle ne peut fonctionner qu’en exploitant toujours plus la nature et les être humains au profit d’une minorité et au détriment de la majorité de la population mondiale. D’où les dépenses militaires vertigineuses et l’expansion des guerres, conditions indispensables pour maintenir ledit modèle. Le cycle ininterrompu de guerres des XXe et XXIe siècles nous rappelle que nous ne pouvons pas simplement nous reposer sur l’espoir que les guerres n’éclatent pas ; nous nous devons de construire des sociétés qui n’ont pas besoin de guerre.
Dans ce contexte, une analyse holistique et/ou intersectionnelle est indispensable afin d’élaborer une stratégie de lutte contre ce monde à la dérive. Il ne s’agit pas seulement de s’opposer au mal-développement et de prévenir les guerres, mais aussi d’œuvrer pour le droit effectif des peuples à l’autodétermination.
Dans ce dossier intitulé « Sortir du mal-développement », différents acteurs : paysans, syndicalistes, activistes et experts analysent l’impact du développement dominant dans leurs secteurs respectifs et expliquent le sens de leurs luttes. Ces analyses nous aident à comprendre comment sortir des impasses du modèle dominant de développement. Elles nous permettent également de penser ou repenser des modèles alternatifs afin de placer au centre de nos actions la défense des droits collectifs et le droit des peuples à l’autodétermination. Sur la base de ces prémisses, il s’agit de prendre part aux luttes populaires pour la souveraineté alimentaire, la justice sociale et environnementale ou contre la marchandisation de la nature, afin de permettre l’épanouissement de multiples pratiques de développement.
En ces temps troublés, il est primordial de défendre un multilatéralisme centré sur les peuples, démocratique et participatif. Il est également primordial de préserver des instances internationales, centrées sur le dialogue, les droits humains et la coopération de bonne foi. Vous trouverez dans ce numéro l’Appel lancé dans ce sens par plusieurs dizaines de mouvements sociaux et autres organisations de la société civile.
